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Flottement du franc suisse : Une aubaine ou un mécanisme infernal

Flottement du franc suisse : Une aubaine ou un mécanisme infernal

En Septembre 2011, la Banque Nationale Suisse avait mis en place les procédures nécessaires pour limiter l’évolution du franc suisse par rapport à l’EURO et maintenir la monnaie suisse aux alentours de 1.20 € ; Jeudi dernier, elle a décidé de mettre fin à ce taux plancher (1€ POUR 1.20 FS).

Les conséquences sur les deux monnaies ont été immédiates et le franc suisse et l’Euro flirtent avec la parité. Cette nouvelle situation qui peut encore évoluer a des conséquences immédiates liées à la parité  mais générera aussi des recadrages économiques dans l’avenir.

Conséquences pour le travailleur frontalier

Cette décision a été une aubaine immédiate pour tout travailleur frontalier qui voit son salaire augmenter de 20%. Cet effet va renforcer la masse monétaire sur notre territoire et augmenter de même le « tourisme d’achat » des genevois. Notre commerce devrait donc rapidement en bénéficier et sortir plus facilement de ses difficultés actuelles.

Toutefois, cette belle éclaircie annonce quelques nuages voire quelques orages pour demain.

  • Une difficulté pour l’emprunteur en devises  qui  a vu ses remboursements augmenter de 20% «Concrètement, jusqu’à hier, une personne qui avait emprunté 100.000 euros il y a cinq ou six ans devait encore rembourser environ 130.000 euros, alors même qu’elle avait déjà payé 30.000 euros! Et depuis hier, son capital restant dû a encore grimpé, à plus de 155.000 euros »
  • Une crainte pour l’emploi, liée à la perte de compétitivité des entreprises suisses. Pour retrouver cette compétitivité, en particulier à l’exportation, soit le coût du travail devra baisser (baisse de salaire, salaire en Euros…) soit elles devront faire appel à une délocalisation partielle ou totale. Les conséquences pour l’emploi frontalier pourraient être très négatives.
  • Un renforcement  des tensions entre genevois et frontaliers liés aux différences de capacités financières entre deux employés de même niveau réalisant les mêmes fonctions.
  • Un écart encore plus important pour le travailleur en Euros

Des conséquences contradictoires pour le territoire

Plusieurs  effets contradictoires peuvent être notés :

  • Tout d’abord, bien sûr, une projection rapide permettrait de prévoir une augmentation possible des fonds frontaliers de 20% ( à nombre de frontaliers équivalent) qui assurerait par exemple aux communes de la Communauté de Communes du Genevois , de bénéficier de 3 000 000 € supplémentaires ( la manne financière passerait  de 15 000 000€ à 18 000 000€) et à la ville de Saint Julien de presque 1 000 000 €.

En effet les fonds frontaliers qui ont atteint cette année globalement  la somme record de 232 000 000 €   correspondent  au reversement par l’état de Genève de 3.5 % de la masse salariale perçue par les frontaliers. Cette augmentation  bien sûr est plutôt proportionnelle à l’augmentation du nombre de frontaliers mais aussi aux effectifs des suisses ou double nationaux qui se déclarent en résidence principale en France.

L’importance de ces effectifs dépend du dynamisme de l’économie suisse qui risque de pâtir de cette nouvelle parité qui est en train de s’établir, des mouvements anti-frontaliers qui veulent  peser sur les politiques de « quotas » que Genève doit mettre en place suite à la votation du 9 février 2014 et des dernières décisions fiscales suisses et françaises qui risquent de limiter l’installation de citoyens suisses sur le territoire français. La » compensation Genevoise » ne doit plus être regardée alors comme une recette assurée mais comme un risque possible pour les communes qui ont tendance de plus en plus à utiliser ces sommes dans leur budget de fonctionnement et non dans leurs budgets d’investissement.

  • La note pour les quelques 1300 collectivités qui ont contractés des emprunts indexés sur le franc suisse va s’envoler. Toutefois nos communes et la Communauté de Communes ne possèdent pas d’emprunts de ce type.
  • On peut penser de même que le dynamisme immobilier  de notre région pourrait se voir renforcé ou maintenu grâce aux  nouvelles capacités financières dégagées par la nouvelle parité. Au-delà des risques encourus par les porteurs de prêts en devises, ce temps d’instabilité qui s’ouvre devrait plutôt, dans un premier temps, limiter le volume des opérations immobilières malgré des taux de crédit très bas.
  • Les communes françaises  collaborent avec les services genevois pour certaines prestations en particulier pour le traitement des eaux usées de l’ensemble des communes du Bas-Salève, de Saint-Julien et d’une partie de Viry et participent à la réalimentation de la nappe franco-genevoise. Ces prestations font l’objet de contrats en francs suisses et sont directement impactées par la parité euro/franc suisse. Ces budgets dépendent de la communauté de communes et devront être rapidement  interrogés pour définir les conséquences soit sur le prix de l’eau soit sur les politiques d’investissements mis en œuvre aujourd’hui.
  • Par contre, les sociétés suisses qui  envisageraient de délocaliser une partie de leur production pourraient trouver une réponse dans une implantation à proximité dans les zones artisanales ou industrielles proposées aujourd’hui sur notre territoire : la technopole d’Archamps dont l’extension sud (20 ha) a été décidée, la zone de Cervonnex dont le lancement vient d’être voté ou la zone artisanale de Beaumont….. Ce mouvement permettrait de mieux respecter les attendus du projet  d’agglomération qui prévoyait un meilleur équilibre des activités des deux côtés de la frontière, équilibre essentiel au développement harmonieux de notre » Grand Genève « .

Fonds frontaliers

  • . Rappellons ici la répartition des fonds frontaliers :
    • 55% sont affectés directement aux communes au prorata du nombre de frontaliers
    • 15% sont affectés directement par le conseil général
    • Une somme forfaitaire de 10 000 000 € affecté au Fond Departemental pour le Développement du Territoire
    • Le reste est affecté à un fond structurel  chargé de financer des projets d’intérét départemental (CEVA,…)

 

3 commentaires

  1. Salut Michel, merci de ces réflexions auxquelles j’adhère en tout ou partie. Sur l’instantané OK !! pour la suite, on verra…. J’ai bien aimé ton passage  » par contre les sociétés suisses…………équilibre harmonieux de notre grand Genève « . J’ai toujours défendu le principe des zones franches pour préserver un équilibre économique entre Suisse et France dans le cadre du Grand Genève. Je me souviens de trois réponses d’élus à ces questions:
    1) c’est quoi les zones franches ?
    2) les zones franches cher monsieur, ici c’est pas le 9-3.
    3) la guerre est finie.

    Sur ce point précis:

    L’ équilibre économique entre Suisse et France vient effectivement de changer avec des « Hourras » immédiats et peut être des « SOS » futurs. Ce que tu proposes sur une future économie transfrontalière me va très bien et ressemble à ce à quoi j’ai toujours pensé. Dans le fond, entre ta proposition évidente compte tenu des circonstances et une zone franchisée, il n’y a pas grosse différence (si tu n’es pas d’accord, merci de me l’expliquer! un Archamps, un Cervonnex transfrontalier, franchisé….) Les deux candidats sortants aux prochaines élections départementales vont s’étriper sur des résultats basés sur des budgets qu’ils ont tous votés sans jamais parler d’emploi (ou en faisant semblant) Alors, les circonstances étant favorables, ne peut on pas affronter la question abordée par toi de façon volontariste avec nos amis suisses ? Il s’agit d’emplois français à défendre qui concernent aussi nos communes, nos communautés, notre département et notre région.

    Merci de ta réponse.

    • Bonjour Daniel
      Tout d’abord, je ne suis pas un spécialiste des zones franches mais, bizarrement, les réponses que tu as reçu, répondent à quelques définitions.
      « Les zones franches, Monsieur, on n’est pas dans le 9-3 « : cette personne fait référence aux zones franches urbaines qui incitent les entreprises à s’installer dans ces zones en bénéficiant d’avantages fiscaux. Les entreprises qui s’y implantent et y embauchent une main-d’œuvre locale peuvent bénéficier sous conditions d’exonération de charges fiscales.
      La zone franche franco-genevoise est liée quant à elle aux facteurs historiques et géographiques de Genève qui a toujours eu besoin de cette zone pour lui assurer un arrière-pays producteur et fournisseur.
      « La « zone franche » constitue donc un régime douanier spécifique qui régit les échanges commerciaux régionaux (essentiellement agricoles) entre Genève, la Haute‐Savoie et le Pays de Gex.
      Actuellement, tous les produits qui entrent en Suisse sous le régime des zones franches sont traités comme des produits indigènes et sont commercialisables sur tout le territoire de la Confédération. Par contre, les produits qui quittent le territoire des zones franches vers l’Union Européenne sont soumis au régime douanier européen à l’instant de leur sortie. Pendant la durée de leur stockage ou de leur traitement dans la zone franche, aucun droit de douane n’est du.
      La zone franche douanière peut-elle devenir le précurseur d’un espace transfrontalier ?
      Plusieurs études confirment aujourd’hui que les différences liées à la localisation des entreprises en France ou en Suisse ne sont pas très grandes. Ainsi si la fiscalité et le droit du travail est plus simple en Suisse, le foncier et les aides pour la recherche et le développement sont plus accessibles en France. C’est là que « l’avantage » parité peut générer un vrai mouvement à condition, bien sûr de pouvoir
      • proposer du foncier adapté et compétitif sur le plan économique et d’offrir un environnement scientifique, économique et social favorable.
      • Travailler en complémentarité avec Genéve et en particulier la Genéve internationale et Universitaire et non dans l’opposition. Les grandes organisations internationales telles le CERN, l’Université de Lausanne …concentrent une communauté importante de scientifiques que notre territoire peut intéresser pour implanter des « Start Up » si nous pouvons offrir des locaux à prix abordables ou des espaces partageables. L’innovation et la formation peuvent
      • Utiliser cette zone franche pour garder le marché suisse ouvert (voire le label swiss made) et comme une porte ouverte à l’union Européenne et ceci reste bien l’enjeu des propositions et des négociations à mener avec Genève dans le cadre des « bilatérales »
      • Utiliser une équipe de professionnels connaissant les deux côtés des frontières et les cultures différentes pour donner confiance aux investisseurs et entreprises suisses.

      Cet équilibrage volontariste doit permettre de modifier le rapport de force économique et social de la zone frontalière pour éviter qu’un retournement de la situation en suisse ne soit catastrophique pour notre territoire.

  2. Salut Michel. Merci de ta réponse politique et volontariste.
    Proposer du foncier adapté…..
    Travailler en complémentarité avec Genève……
    Utiliser cette zone franche pour garder le marché suisse ouvert……
    Utiliser une équipe de professionnels……
    C’est en effet selon moi une politique (au bon sens du terme comme tu l’indiques) volontariste qui permettra de faire avancer les choses. Discuter avec nos amis genevois de ces problèmes est beaucoup plus intéressant pour la ville et le canton que demander les vidéos enregistrées par les douaniers suisses……

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