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Quand les aînés vous ouvrent la porte de leur mémoire

Quand les aînés vous ouvrent la porte de leur mémoire

Elue à Saint-Julien, j’ai eu le privilège de participer à la distribution des cadeaux de fin d’année aux personnes âgées de la commune. Celà a été une des plus belles expériences que j’ai eu la chance de vivre en cette fin d’année 2014. Alors, j’avais envie de rendre hommage à ces femmes et ces hommes qui m’ont ouvert la porte, le temps d’une rencontre chaleureuse et fugace pour certains et d’une heure d’échanges pour d’autres. J’en ai bien plus appris sur le passé de Saint-Julien qu’en lisant plein de bouquins.

J’ai visité des personnes  entre 88 et 95 ans qui ont vécu pour la plupart toute leur vie ici. Ils ont connu les nombreux cafés de la commune avec leurs bals, leurs terrains de boules lyonnaises,  l’ancienne salle des fêtes où ces dames venaient danser, le regard de nouveau étincelant à l’aune du souvenir encore vivant. lls ont été à l’école Jules Ferry, actuelle bibliothèque municipale. Certains faisaient le chemin depuis le haut de Ternier ou de Lathoy, plusieurs fois par jour pour s’y rendre, pause déjeuner oblige. Ils se rappellent des vignes et des champs tout autour de la ville et dans les hameaux. Ils m’ont raconté la place des Automates qui accueillait pendant la guerre des structures métalliques entreprosées là. Ils ont vu le cirque Pinder à Saint-Julien. Ils se rappellent de la Grand rue avant l’ouverture des Contamines, quand il y avait encore une station d’essence.  Ils se rappellent du projet de tram qui devait relier Saint-Julien à Annecy.

Ils racontent comment pendant la guerre, chacun sur son arpent élevait tant bien que mal des cochons et des lapins pour survivre. Ils ont des regrets : la disparition de la maison Tapponier, mais je leur ai expliqué les contraintes et pourquoi c’est arrivé. Ils regrettent les grandes entreprises de la commune ou bien souvent par l’intermédiaire d’une soeur ou d’un oncle, ils avaient trouvé leur premier emploi.

J’ai visité des personnes qui restent très actives pour la moitié d’entre elles malgré leur grand âge et les marques du temps sur le corps. Je m’y suis même reprise à 3 fois pour caller un rendez-vous avec une très jolie dame de 94 ans avec un emploi de ministre : pas le mardi, j’ai un déjeuner avec mes copines, pas le mercredi, je vais faire ma promenade et prendre le thé, pas le jeudi je suis dans mon cercle associatif, d’accord pour le vendredi mais pas avant 17 heures car je vois des amies.

J’ai bu de la Ricorée et c’était la première fois de ma vie avec une dame extraordinaire qui m’a raconté sa vie d’orpheline chez les bonnes soeurs et le métier de la couture qu’elle a appris. Elle travaillait à la journée chez des personnes nanties.  Elle m’a raconté les temps de guerre et ses injustices au service d’une noblesse qui festoyait la nuit en secret alors que le couvre feu à Paris était de rigueur. Elle m’a raconté son arrivée dans la région et la carrière de son époux dans une usine de Bellegarde. Elle a vécu une vie dure et pourtant elle brille de toute la force de sa vie si étonnante.

On m’ a proposé du Porto, de la liqueur et des poires et des prunes. Mais j’ai accepté à la place un café ou un verre d’eau. Pas trop envie de terminer comme le postier de Bienvenue chez les Chtis. J’ai rencontré un homme de foi, plongé dans les études religieuses de très haut niveau. Nous avons échangé sur le sens de la vie, sur nos différentes conceptions du monde. Un être avec une humanité profonde.

J’ai rencontré un couple  plein d’entrain qui trouvait que Saint-Julien était morte plaine et qu’on s’y ennuyait beaucoup.

A chacun d’eux j’ai demandé si tout allait bien. Ils m’ont dit majoritairement qu’ils avaient la chance d’avoir un enfant qui s’occupe d’eux, d’être encore à la maison.

Leur regret ? Une ville où il est difficile de se déplacer quand on est âgé, une ville où il n’y a pas de lieu où ils pourraient se retrouver pour déjeuner. Pas assez d’heures d’aide ménagère…

Mon regret ? 2 personnes que je n’ai pas pu livrer car ils étaient partis en maison de retraite…

Merci à toutes ces personnes qui m’ont si bien accueillie.

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