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La remise en question de la gratuité des TAP fait réagir les parents d’élèves

La remise en question de la gratuité des TAP fait réagir les parents d’élèves

La Mairie souhaite mettre en œuvre, dès la prochaine rentrée scolaire, une nouvelle réglementation visant à faire payer les temps d’activités périscolaires (TAP). Plusieurs associations de parents d’élèves se sont élevées contre cette décision, et 2 d’entres elles, dont la FCPE, ont envoyé un courrier au Maire, sans aucune réponse à ce jour, même pas un simple accusé de réception.

Il me semblait pourtant avoir entendu parler de démocratie participative durant la campagne municipale. Il était question de solliciter les citoyens sur les sujets qui les concerneraient. C’est du moins ce que nous vantaient les prospectus.

Sans réponse, suite aux multiples courriers adressés à la Mairie, la FCPE de Saint-Julien à mis en place une pétition que vous pourrez signer en vous rendant à l’adresse suivante : https://www.change.org/p/monsieur-le-maire-garder-les-tap-gratuites-pour-tous?recruiter=265118726

En plus de cette pétition, les associations de parents d’élèves, ont décidé d’envoyer à chaque élu et au maire, un courrier dans lequel il est précisé qu’en septembre 2014, la Mairie annonçait, haut et fort dans le bulletin municipal « St julien Info »

« Equitable et gratuit
Quelles que soient les écoles, la volonté est de tendre vers une même offre en fonction des contraintes et de la disponibilité des intervenants et de garder le principe de la gratuité

Cette pétition sera remise en main propre au Maire lors du prochain Conseil Municipal consacré au Budget qui se tiendra le 8 avril, et qui aura notamment pour objet, le vote controversé de la nouvelle tarification des TAP. Nous vous invitons, à ce sujet, à venir nombreux pour y assister. Cela risque d’être passionnant.

Pourquoi faire payer les TAP ?

Tout d’abord, malgré les bruits qui courent, les TAP ne vont pas devenir payants parce que l’absentéisme de certains élèves coûterait cher à la Municipalité. Ce ne sont pas les quelques élèves absents qui creusent le déficit d’une commune, même si cela reste problématique effectivement. Lors d’une réunion organisée par la Mairie, à l’Espace Part’âges de la MIEF,  pour présenter le projet périscolaire, la Municipalité nous a montré, chiffres à l’appui, que cet absentéisme était en baisse ! J’en profite pour féliciter la Mairie qui met en place une solution permettant de mieux centraliser ce type d’informations.

La réalité, c’est que notre Municipalité est dans une logique de coupe budgétaire. Coupe budgétaire qui voit fleurir des nouvelles tarifications comme celle qui touchent les TAP. Coupe budgétaire qui transforme les services publics en services payants.

Notons au passage que la Mairie n’hésite pas à utiliser la fameuse rhétorique, assez récurrente en communication politique, le célèbre : « ça n’est pas politique, on a pas le choix, il faut faire des économies ».

En effet, il existe une posture assez amusante et bipolaire, en marketing politique, qui consiste à changer de discours en fonction des choix effectués :

  • Lorsque l’on alloue des budgets pour défendre des projets, ou que l’on fait des promesses dans ce sens, il faut en parler dans la presse et se positionner en politicien audacieux.
  • Lorsque l’on coupe des budgets ou que l’on décide de rendre payant un service public, il faut revêtir la casquette du comptable, compatissant mais résigné, qui face à ce qu’il nous vend comme étant l’évidence, n’a pas d’autres choix que de prendre des décisions qu’il regrette lui même….

C’est astucieux, c’est redoutable et c’est du marketing.

Soyons sérieux, quand on est politique, faire un choix, c’est faire un choix politique.

Par exemple, décider de rendre payante l’école publique et continuer à financer, dans la plus grande opacité, l’école privée, au delà-même de ce que demande la loi, ça n’est pas agir sous la contrainte, c’est faire un choix politique.

Qui payera quoi ?

Alors sur ce point, c’est le flou total. Aucune information aux associations de parents d’élèves, malgré leurs demandes incessantes. Un projet décidé avant même d’être débattu en commission, au grand dam des élus de tous bords.

Bref une habitude qui s’installe peu à peu dans cette nouvelle Municipalité. On nous parlait de débat, de démocratie participative, mais ça c’était avant. Dans les faits, les commissions sont consultatives voire informationnelles et les décisions se prennent bien en amont, à l’écart de la contradiction, en comité très restreint. Voir à ce sujet l’article et les COMMENTAIRES des 2 têtes de liste de l’opposition sur la future école de Chabloux ou sur la Grande Rue de Saint-Julien.

Concernant les paiements, nous avons appris, par la Mairie lors de notre soirée à la MIEF, que les tranches n’étaient pas encore vraiment définies…

Il y en aurait 5, la 1ère serait composée des foyers dont le revenu est inférieur à 2000 € et la 5ème supérieure à  8000 €. Le problème, comme nous l’avons signalé à la Mairie, se pose pour les revenus élevés et moyens qui vont payer un lourd tribut. Ceci risque de faire fuir certains parents vers l’école privée alors moins chère, au risque de voir l’école publique perdre sa mixité.

Comment accepter une tarification de l’école sans connaître les montants proposés ? Il aurait peut-être été bien de recevoir les délégations de parents d’élèves pour en parler avec elles. Mais les appels sont restés sans réponse malgré les demandes incessantes. Ce n’est qu’une fois que la délibération sera passée que nous aurons la surprise de découvrir le montant de la tarification. Enfin les parents qui payent la garderie du matin, la cantine, l’étude surveillée, la garderie du soir et bientôt les TAP vont le sentir passer.

Cela nous donne une idée du projet politique en place. On ne sait pas combien on va faire payer, on ne sait pas à qui l’on va faire payer, mais on est certains de faire des économies.

Bien sûr, comme nous l’a expliqué la Municipalité, elle s’engage à payer la différence : « on ne vous fait pas payer le prix coûtant« . Merci ! Que de générosité !

Là aussi c’est un élément de langage, une formule toute faite,  qui revient très souvent dans le discours de la Municipalité et des membres de la majorité. Mais nous n’avons jamais payé un prix coûtant ! Nous ne payons pas le prix coûtant pour la cantine, la garderie, l’étude, le centre aéré etc… Il en a toujours été ainsi, quelle que soit la Municipalité en place, puisque les tarifs sont indexés sur le quotient familial !!! La cantine coûte, par exemple, un peu plus de 11 € par enfant à la Ville et le tarif le plus élevé est de 7,40 € !

Le discours est rusé et se veut généreux, mais ce n’est que de la communication. Un élément de langage qui tente de nous montrer, sous un jour positif, une réalité dure à digérer et qui, à force d’être martelée, finira peut-être par nous faire avaler la pilule.

Ce qui reste à la charge des parents représente quand même un coût. Et si l’on ne peut payer ce coût alors il faudra peut-être arrêter de travailler pour récupérer ses enfants à 15h30. C’est un autre risque.

Quelle vision avons-nous des TAP ?

Il me semble surtout que nous sommes face à un problème éthique.

Si nous voyons les TAP comme un temps de « garderie ludique », alors il est normal que nous payons. Après tout la cantine, l’étude et la garderie sont des « services » qui ne sont pas obligatoires et payants. Mais dans ce cas, le système devient absurde puisque, dans une même journée, nous payerons pour « la garderie ludique » (les TAP) puis la garderie « normale » qui est elle-même ludique. On marche sur la tête.

Si par contre, nous voyons les TAP comme une mesure propre à la réforme, ce qui est le cas, c’est autre chose. Le Temp d’Activité Partagé est apparu dans le cadre de la réforme sur les rythmes scolaire. En résumé, la réforme prévoit que le temps de travail quotidien soit réduit, et qu’une partie du temps restant soit consacré à une autre forme d’éveil, au bon vouloir de chaque Mairie. Ce temps a pour objectif de permettre à chaque enfant de s’épanouir, à travers un ensemble d’activités qui l’éveillent à la culture scientifique, artistique et sportive. Les temps d’activités partagés représentent une chance pour chaque enfant, quelque soit son milieu, de se réaliser autrement et d’apprendre, à travers des activités qu’il n’aurait peut-être jamais eu l’occasion de faire, tout en étant dans un cadre scolaire.

L’école a été remise au centre du débat suite aux tristes événements de Janvier. Malgré les idées différentes qui fusaient de part et d’autres, l’école s’est imposée comme une réponse possible au mal qui ronge notre société. Suite à cette tragédie, nous avons accusé la société de consommation, l’individualisme, la surdité d’une classe politique éloignée de la base, le repli, le rejet de l’autre et j’en passe. Bref nos valeurs ont été ébranlées, interrogées et malmenées. Mais l’école, elle, a toujours été présentée comme une des solutions évidentes. Parce qu’elle fédère tous les enfants , quels qu’ils soient, parce qu’elle a pour mission de transmettre et de construire, et parce qu’elle est obligatoire, l’Ecole est essentielle à l’apprentissage, l’acceptation et la compréhension du projet républicain et de ses valeurs : liberté, égalité, fraternité et laïcité. Et ces temps de partage que sont les TAP contribuent aussi à développer ce vivre ensemble.

Rendre payant les TAP pose alors 3 problèmes :

  • Cela porte atteinte à une certaine idée que l’on se fait de l’école. Aussi bien dans sa fonction éducative que dans sa capacité à rassembler tous les enfants autour de valeurs essentielles de partage et de mixité. Encore faut-il avoir une vision, une idée du rôle de l’école…
  • Cela représente une double peine pour les parents et les enfants, puisque l’on doit payer pour une réforme, indépendante de notre volonté, et dont l’application est déjà difficile.
  • Enfin si une famille n’a pas les moyens de payer pour que son ou ses enfants aillent aux TAP, il faudra bien qu’elle les garde à la maison, encore plus tôt, au risque d’arrêter de travailler.

C’est peut-être pour ces raisons que 80% des communes continuent à maintenir la gratuité des TAP. Parce qu’elles ont fait de la gratuité des TAP, un choix politique.

 

Pour signer la pétition mise en ligne à l’initiative de l’association FCPE : https://www.change.org/p/monsieur-le-maire-garder-les-tap-gratuites-pour-tous?recruiter=265118726 

2 commentaires

  1. evelyne malod dognin

    Merci pour cet article clair et précis sur la question.
    Si l’on considère les 33 engagements pris par l’équipe municipale majoritaire durant sa campagne, force est de constater que l’on ne peux que continuer à lister ceux qui ne sont pas tenus et non l’inverse. C’est fort dommage pour les St-Juliennois. Mais à en juger par les résultats aux élections départementales, il semblerait que la déception commence à se faire jour. De la déception à la rancoeur, le pas n’est pas grand. Et de la rancoeur à la sanction, c’est d’un pas de fourmi qu’il s’agit. Du point de vue scolaire, entre le projet d’un groupe scolaire unique de 24 classes à Chabloux – à contre sens de tout ce qui est préconisé en la matière depuis des décennies – et l’inégalité des chances organisée dès l’école primaire… ajoutée à une absence totale de dialogue et de concertation avec les parents d’élèves – on peut se demander ce qui sous-tend la réflexion, si tant est qu’il y en a une…

  2. La Mairie veut faire payer les TAP, j’en prends acte tout en étant contre, mais où est l’équité tant prônée par cette municipalité , en effet dans le budget qui va être soumis au vote au prochain conseil municipal on remarque une ligne intitulée scolaire pour un montant de 297000 Euros (environ) avec une mention « y compris la Présentation de Marie » sans spécifier le montant versé à cet établissement scolaire Privé et confessionnel. Quand le conseil votera en toute clarté le forfait communal suivant la loi en vigueur. Cette municipalité veut faire payer les TAP dispensés à l’école publique et cacher ce qu’elle offre à l’école privée encore une fois. Où est l’équité? Si on demande des économies cela doit être fait pour tout le monde.
    Je tiens à la disposition des intéressés la méthode règlementaire par rapport à la loi pour calculer ce forfait communal du de par la loi.

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